25.02.20 La crise des droits humains au Chili (Genève)

Le Chili vit une révolution sociale depuis le 18 octobre 2019, les travailleurs, les femmes, la jeunesse et les retraités sont sortis massivement dans les rues pour protester contre un système économique qui les étouffe. Du nord au sud du Chili, en passant par Santiago, le centre névralgique de la contestation, les voix s’élèvent pour exprimer leur ras le bol du néolibéralisme et de la classe politique. En effet, les gouvernements de centre gauche et de droite ont maintenu pendant 30 ans les privatisations et l’injustice sociale. Ils n’ont pas eu la volonté politique de mettre fin au régime économique imposé par la dictature de Pinochet et des Chicago Boys, tout en perpétuant l’institutionnalisation de l’impunité.

Aujourd’hui, les mobilisations continuent sur la place Italie, renommée emblématiquement place de la Dignité. Tous les vendredis, les citoyens se rassemblent pour réclamer un changement radical du modèle et une nouvelle constitution. La créativité, la participation, la persistance et l’espérance sont au rendez-vous, mais également la résistance face à la répression d’état. Pour écraser la contestation, le gouvernement de Sebastian Piñera a d’abord militarisé l’espace public en instaurant l’état d’urgence pendant 10 jours, alors que parallèlement l’armée décrétait le couvre-feu dans plusieurs villes du pays.

Après 4 mois de contestations populaires, le gouvernement continue d’exercer son pouvoir de coercition contre la population, sous prétexte de sécurité publique, malgré les maintes plaintes de violations des droits de l’homme contre la police chilienne. Les chiffres sont accablants : au moins 30 morts, 25’000 arrestations et des milliers de cas de détentions provisoires, 1’000 enfants et adolescents emprisonnés, 3’765 blessés dont plus de 445 victimes oculaires, sans compter les cas de torture, de dénonciation de viol et de passage à tabac.

Pour s’informer et débattre de la situation actuelle au Chili, nous vous invitons à venir rencontrer :

Marcos Ancelovici, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Sociologie des conflits sociaux de l’Université du Québec à Montréal et membre de la Mission québécoise et canadienne d’observation des droits humains au Chili. Il a visité le Chili entre le 18 et le 26 janvier 2020 et nous fera part des résultats préliminaires de la Mission.

Matías Orellena, professeur d’éducation physique de 24 ans, victime de violences policières. Lors d’une manifestation, l’impact d’une bombe lacrymogène sur sa tête lui a causé une fracture du crâne et la perte de son oeil droit. Il sera à Genève pour témoigner dans le cadre du conseil des droits de l’homme de l’Onu.

Quand : Mardi 25 février 2020
Où: Salle Salvador Allende, PS, rue des Voisins 15, code 2108A
Heure : 18h30
Apéritif : Vente de petite restauration et de boissons proposée pour financer l’activé.
Traduction de l’espagnol au français

Org : Plataforma Unidad Social / unidadsocial.ginebra@gmail.com

La parité Femmes/Hommes au Chili: une première historique?

Le Chili, petit pays du bout du monde, Finis Terrae, n’a peut-être pas fini de nous étonner. Ses paradoxes, et ses conquêtes comme ses échecs depuis un demi-siècle ont constitué un laboratoire d’expériences dont l’exemplarité continue à nous interroger. Le combat que mènent aujourd’hui les femmes chiliennes pour définir ce que pourrait être une stricte parité dans un processus constituant n’est pas une nouveauté dans une histoire récente marquée de rebondissements qui ont maintes fois mis leur pays sur la sellette planétaire. Mais si cette parité « complète » passe, elle sera unique en son genre. (1)

 Les paradoxes de l’histoire chilienne

Il y a cinquante ans, Salvador Allende était élu à la présidence de la république chilienne. Et en pleine guerre froide, il engageait son pays dans un modèle socialiste, admiré et applaudi par les gauches de l’époque. La terrible confiscation de cette expérience par une dictature d’extrême droite qui allait durer dix-sept ans sidéra le monde. Le gouvernement militaire d’Augusto Pinochet, marqué par de graves violations des droits humains, allait s’imposer notamment par la mise en place d’un modèle économique dit libéral, qui n’a pourtant pas empêché la perpétuation des monopoles freinant même les bénéfices de la loi du marché. Ce modèle, s’il contribua à redresser l’économie, creusa gravement les inégalités.

Mais la bonne santé apparente de l’économie à l’époque explique en partie le paradoxe qui amena Augusto Pinochet à lancer lui-même un plébiscite pour le oui ou le non à son régime. Ce plébiscite allait faciliter, malgré lui et sans bain de sang cette fois, un retour à la démocratie. En même temps cette démocratie était verrouillée par une constitution élaborée par le régime militaire qui, pendant des décennies l’a empêchée de fonctionner authentiquement sans pour autant empêcher les errements d’une classe politique souvent minée par la tentation de diverses formes de corruption.

Lire la suite La parité Femmes/Hommes au Chili: une première historique?

Historique: Trois officiers de l'armée à la retraite poursuivis par la justice

Le juge Mario Carroza a décidé de poursuivre les officiers de l’armée Eduardo Jara Hallad, Mercedes del Carmen Rojas Kuschevich et Carlos Patricio Chacón Guerrero, respectivement comme auteur, complice et dissimulation pour le délit de soustraction ou de destruction de fichiers microfilmés du Centre National d’Information (CNI). Les documents militaires concernaient des affaires ayant eu lieu entre 1980 et 1982, c’est-à-dire pendant la dictature de Pinochet, et le suivi de l’ancien président Eduardo Freí Montalva par la CNI. Les officiers avaient détruits les microfilmes entre 2000 et 2001et l’affaire fut révélée dans un article de Pascale Bonnefoy publié dans The New York Times en 2017.

Mercedes del Carmen Rojas Kuschevich, ancienne cheffe des archives du département II du contre-espionnage, dépendant du service d’intelligence naval DINE, avait admis avec d’autres officiers avoir brûlé des documents. Rojas avait également désigné Eduardo Jara Hallad, alors directeur du CNI et responsable hiérarchique, d’avoir donné l’ordre de brûler les microfilms.

Pour les organisations de défense des droits humains, il s’agit d’une décision de justice historique qui intervient après une campagne menée pendant plusieurs années pour dénoncer la politique de dissimulation de l’armée. Les militaires et le haut commandement ont largement contribué à la dissimulation de la vérité, ainsi qu’à la perpétuation et la consolidation de l’impunité quant aux crimes contre l’humanité perpétrés par la junte militaire.

Source : El Desconcierto

Le groupe Luksic finance des bourses à des militaires à Harvard et Georgetown

Le groupe Luksic est un conglomérat d’entreprises fondé en 1950 à Antofagasta du Chili, crée par une des familles oligarques du pays qui a fait fortune grâce à l’exploitation des mines du cuivre. Depuis lors, l’entreprise transnationale s’est étendue aux secteurs financiers, de l’énergie, des transports, des services portuaires et maritimes, des chemins de fer et du tourisme.

Récemment, le média d’investigation Ciper a publié une enquête confirmant les liens étroits entre Luksic et les militaires. En effet, le groupe a financé depuis 2012 une vingtaine de cours et de masters à des généraux, des colonels, des commandants et des lieutenants dans des universités célèbres comme Harvard et Georgetown. Par exemple, via Luksic Scholars se sont plus de 40 millions de dollars qui ont été dévolus à la formation des généraux Esteban Guarda Barros, Germán Arias Athanasiu et Christian Bolívar Romero.

Cependant, les montants totaux investis par Luksic sont méconnus, selon l’armée seuls les billets d’avions ont été payés par l’entreprise transnationale.

Photo : Andrónico Luksic, en haut à droite, lors de la cérémonie où il a été promu lieutenant, en 2016.

Source : El desconcierto /Ciper

Résultats préliminaires de la Mission québécoise d'observation des violations aux droits humains au Chili

Montréal, le 3 févr. 2020 – L’objectif principal de cette Mission est de documenter les violations des droits humains survenues au cours des trois derniers mois au Chili, afin de mettre à jour et de compléter les données des missions précédentes. La mission est composée de personnes déléguées de diverses spécialisations et domaines d’intervention: des députés des parlements du Québec et du Canada, des représentantes et représentants des syndicats et de la société civile, de chercheures et chercheurs:

  • Luc Allaire, responsable des relations internationales à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et président du Centre international de solidarité ouvrière (CISO);
  • Marcos Ancelovici, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Sociologie des conflits sociaux et professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal;
  • Marie-Christine Doran, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa et directrice de l’Observatoire Violence, criminalisation et démocratie;
  • Denise Gagnon, représentante syndicale de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et présidente de la Fondation Salvador Allende de Montréal ;
  • Pierre Mouterde, essayiste et ex-professeur de philosophie au Collègue Limoilou.
  • Isabel Orellana, membre de direction du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté, spécialisée en conflits socioécologiques, de l’Université du Québec à Montréal;
  • Ricardo Penafiel, professeur associé au département de science politique de l’UQAM, représentant syndical du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM) de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ);
  • Simon-Pierre Savard-Tremblay, député du Bloc Québécois au Parlement du Canada;
  • Sol Zanetti, député de Québec solidaire à l’Assemblée nationale du Québec;

Cette mission a réalisé 65 heures d’entrevues à Santiago, Antofagasta et Valparaiso, entre le 18 et le 26 janvier, avec 99 personnes de 51 organisations, dont:

  • des organisations de la société civile: de soutien juridique, de premiers soins et d’intervention médicale et psychologique aux victimes et aux familles, des organisations de défense des droits humains, de communication sociale et de diffusion, de femmes, environnementales, territoriales et autochtones ainsi que des organisations des quartier populaires;
  • des organisations syndicales, sectorielles et nationales;
  • des fédérations étudiantes des niveaux secondaire et universitaire;
  • des centres universitaires de recherche, défense juridique, communication et journalisme;
  • des associations professionnelles de journalistes et de médecins;
  • des parlementaires et représentants du gouvernement;
  • des institutions d’État spécialisées dans les droits de la personne: Institut national de droits humains du Chili (INDH), Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits humains;
  • et des victimes.
Lire la suite Résultats préliminaires de la Mission québécoise d'observation des violations aux droits humains au Chili

Lettre au parlement européen sur Cuba

Pour la défense de l’autodétermination du peuple cubain et de la souveraineté de Cuba, nous avons co-signé cette lettre adressée au parlement européen le 4 février 2020.

Collectif NGChili

TRUMP DICTE-T-IL SON AGENDA À PROPOS DE CUBA AU PARLEMENT EUROPÉEN ?

Le 4 février 2020, le parlement européen a invité une délégation de la droite pro-américaine cubaine afin de définir des actions politiques pour l’Union européenne. Or, aucun autre secteur de la société civile cubaine n’a été invité à l »occasion. Ce choix politique témoigne d’un parti pris que nous dénonçons.

Blocus américain
1. Depuis 1992 la quasi totalité de la communauté internationale réunie aux Nations Unies s’oppose au  blocus imposé par les États-Unis à Cuba. En 2019, 187 états contre 3 (États-Unis, Israël et Brésil) votèrent en faveur de l’abandon du blocus, réaffirmant ainsi le droit à l’autodétermination des peuples et le principe de non- ingérence dans les affaires cubaines. Car l’unique but du blocus est d’écraser Cuba, par « la faim et le désespoir », selon les propres mots de Lester Mallory, sous-secrétaire d’État aux affaires interaméricaines qui initia les sanctions contre Cuba en 1960.
2. Pourquoi le Parlement européen soutient-il cette politique inique en invitant en son sein ces « représentants » de la société civile cubaine, soigneusement sélectionnés parmi la droite la plus réactionnaire et financés par des institutions états-uniennes — la réelle société civile cubaine progressiste ayant été évincée ?

Qui sont les invités du Parlement européen ?
3. La société civile représente des collectifs qui s’organisent et agissent dans l’espace public de manière autonome et indépendante de l’État. La société civile cubaine est active, diversifiée et valorisée, régulièrement consultée dans le cadre de prises de décision d’envergure.

La NED
4. Or, les personnes invitées au Parlement européen ce 4 février 2020 ne sont ni indépendantes ni représentatives de la société civile cubaine. Toutes et tous appartiennent à la droite ultra-conservatrice et réactionnaire. Leurs organisations sont financées par la NED (National Endowment for Democracy), une institution états-unienne dont le premier président affirmait en 1986 au New York Times, avec un cynisme consommé, qu’ il serait terrible, pour les groupes démocratiques dans le monde d’être perçus comme étant financés par la CIA. C’est pourquoi […] la fondation a été créée ». Allen Weinstein, le corédacteur des status de la NED, enfonçait le clou en 1991 en affirmant dans le Washington Post que « la NED a été créée il y a quinze ans pour réaliser publiquement ce que la CIA a fait subrepticement pendant des décennies ».

5. Accepteriez-vous que des organisations politiques financées par les services secrets d’une nation hostile soient les représentantes de la société civile de votre pays ? Car l’aide apportée par les États-Unis à l’opposition cubaine est loin d’être négligeable ; elle s’élève à une vingtaine de millions de dollars chaque année — les financements de la NED étant approuvés par le Congrès, les chiffres peuvent être consultés.
6. Ainsi Manuel Cuesta Morúa peut-il défendre le blocus contre Cuba grâce au département d’État états- unien. De même Rosa Maria Payá profite-t-elle des largesses de la NED via son organisation Cuba Decide.
Grande dénonciatrice de la « dictature » cubaine mais jamais inquiétée ni discriminée pour ses activités, elle fréquente les représentants les plus troubles de l’extrême-droite américaine — la dernière en date étant Jeanine Áñez, la putschiste bolivienne avec laquelle la « défenseuse des droits de l’homme » s’affiche ouvertement.

Contexte électoral aux USA et Brexit Trump, le candidat désespéré
7. Depuis l’élection de Trump, les agressions contre Cuba se sont multipliées. Ces tactiques ne sont cependant pas nouvelles et on peut les faire remonter à l’époque de Dwight D. Eisenhower, il y a soixante ans.
8. Le durcissement récent des sanctions illégales des États-Unis contre Cuba affecte le monde entier. À Cuba il constitue un facteur de détérioration de l’économie provoquant la souffrance de la population. Par ailleurs, le climat de menaces émanant des États-Unis est tel qu’il empêche d’importants secteurs économiques et sociaux de développer des projets commerciaux, de tourisme ou d’échanges culturels.
9. Les entreprises européennes de tourisme présentes à Cuba subissent également les effets de ces lois extraterritoriales et illégales — menaces et sanctions qui sont soutenues par les invités de cet événement au Parlement européen, dont on sait qu’ils travaillent pour Washington et qu’ils sont directement financés par les États-Unis.
10. Dans la perspective de sa réélection, Trump multiplie les attaques tous azimut, ce qui lui permet de s’afficher comme un puissant dirigeant mondial. Afin d’équilibrer son bilan international défavorable il rêve de faire plier la révolution cubaine en asphyxiant son économie et en recyclant l’opposition cubaine discréditée.
Pourtant, comme les onze présidents qui l’ont précédé, il quittera la Maison Blanche sans arriver à soumettre le peuple cubain.
Brexit et crise
11. La sortie des Britanniques de l’Union européenne constitue un problème important pour la construction d’un super-État européen. Il suffit de lire la presse pour s’en convaincre.
12. À la crise économique, qui a liquidé une grande partie du tissu industriel et économique, s’ajoute le mal- être de la population dû à la politique économique néolibérale qui fait reposer le poids de la crise sur le dos des  travailleurs. Il s’en suit une diminution constante des droits économiques et sociaux, que ce soit au niveau des pensions, de la santé, etc. En tant que citoyen européen nous pensons que les 16 millions de chômeurs et les 87 millions de pauvres de l’Union européenne devraient constituer la priorité de nos représentants.
13. Les problèmes européens en sont-ils pas suffisamment importants ? Le Parlement européen a-t-il réellement besoin de s’immicer dans les affaires internes d’un pays situé à 7 800 km d’ici ?

Nos souhaits : coopération, dialogue, respect
14. La politique des États-Unis vis-à-vis de Cuba peut se résumer à un objectif unique : la destruction de son indépendance. Depuis 1823, la Doctrine Monroe élaborée par les États-Unis fait de l’Amérique latine sa zone d’influence, et cela au prix de nombreuses invasions, coups d’État, guerres et sabotages.
15. Aujourd’hui, on peut parler de la Doctrine Trump, consistant à affamer les pays indépendants et à les soumettre, sous contrainte de la menace et du chantage. Mais on a la mémoire courte à Washington et on oublie que depuis José Martí les Cubains ne connaissent pas le mot « soumission ».
16. En réalité, rien n’oblige l’Union européenne à mettre ses pas dans ceux de Trump. Elle peut cultiver ses propres relations avec Cuba, dont les axes centraux pourraient être la coopération, dans laquelle les deux parties sont bénéficiaires, le dialogue entre des interlocuteurs égaux et le respect car le chantage et la pression n’ont produit aucun effet jusquà présent et ne fonctionnent pas avec les Cubains.
17. Cuba est un pays digne avec une forte préoccupation sociale. Parmi les millions d’enfants dans le monde qui dorment dans la rue on en compte aucun Cubain. Malgré les grandes difficultés que connaît le pays, l’Unesco reconnaît un taux d’alphabétisation de 99,75 % à Cuba, tandis qu’à Bruxelles, capitale de l’Union européenne, un adulte sur dix est analphabète, sans compter les nombreux élèves dont le niveau de lecture est insuffisant ainsi que les personnes sans papiers ou sans nationalité belge.
18. Dans notre monde contemporain il importe de mieux respecter le droit international plutôt que les lois extraterritoriales. Nous avons besoin de plus de coopération et de dialogue — pas de sanctions et de blocus.
19. Se soumettre à l’agenda de Trump, c’est œuvrer contre la paix internationale et les intérêts propres de l’Union européenne.

Signataire : Arlac, Coordination latinoamericaine de solidarité en Belgique, Intal, Cubanismo, Asamblea constituyente Chile-Bélgica, Comite solidaridad con Nicaragua Deys Huerta de Bélgica, Casal Cubá Sabadell, ASC-Genève, collectif Nouvelles Générations Chili, Alba-Suiza.

 

J’ai essayé la démocratie chilienne

Le Chili n’est pas un exemple anodin : c’est LE pays de l’expérimentation néolibérale. En 1973, avec le coup d’état de Pinochet, celui-ci s’entoure ensuite d’économistes allaités aux théories de Milton Friedman, économiste ultra-libéral et fondateur de l’école de Chicago. Ces « Chicago Boys » ont appliqué dans ce pays les préceptes édictés par leur mentor, tandis que Pinochet organisait la répression sanglante de toute opposition. Les services publics, les infrastructures étatiques ont été soigneusement vendus, distribués aux fidèles, ou tout simplement détruits (comme le réseau ferroviaire afin de remercier les routiers pour leur appui au régime).

Pendant plus de trente années, la doctrine néo-libérale s’est déployée… jusqu’à ce jour du 18 octobre 2019.

Piñera, actuel président du Chili, décide d’augmenter de ticket de métro de 30 pesos. Il faut savoir qu’au Chili, le prix du ticket de métro dépend de l’heure à laquelle vous le prenez : pendant les heures de pointe, il est plus élevé que lorsque vous le prenez en heure creuse. Devant les premières protestations, celui-ci dira que si les travailleurs ne peuvent pas supporter cette augmentation, ils n’auront qu’à prendre le métro plus tôt !

Cette phrase méprisante, couplée à la hausse inédite du ticket, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le 18 octobre, s’organisait le première grande manifestation à Santiago avec très vite un slogan qui fleurit : No son 30 pesos, son 30 años (Ce n’est pas 30 pesos, c’est 30 ans [de libéralisme]).

Lire la suite J’ai essayé la démocratie chilienne

Notre but est de porter des regards nouveaux et croisés sur les évènements passés et présents en abordant l’histoire récente et l’actualité du Chili.