Les Chiliens de Suisse retracent leur 11 septembre

par Adria Budry Carbo

COUP D’ÉTAT • Genève commémorera mercredi les quarante ans du coup d’Etat qui a poussé de nombreux Chiliens vers la Suisse.

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Ce 11 septembre-là a quelque chose de traumatisant pour une partie des Chiliens. Pour le pays, cette date reste une blessure; une cicatrice marquant un avant et un après dans l’historiographie nationale. Il y a quarante ans, l’armée s’emparait du palais présidentiel de la Moneda, à Santiago, inscrivant ainsi le début d’une longue dictature de seize ans. La répression s’est brutalement abattue sur le Chili: 3200 morts et disparus, 38 000 personnes torturées et des centaines de milliers d’exilés.

Les compromis remis en question

Entre 1974 et 1990, plus de 5800 Chiliens ont déposé des demandes d’asile en Suisse. Fils de deux exilés chiliens, Luis Emilio Díaz est né à Genève il y a vingt-neuf ans. Pour lui, le 11 septembre a aussi une saveur particulière. «Mon père a vu les avions bombarder la Moneda. Le coup d’Etat a eu de profondes répercussions à travers les générations. Il a fait ce que je suis.»

Gloria Kirberg vit en Suisse depuis trente-trois ans. Membre de l’Association des Chiliens de Genève depuis sa fondation en 1990, elle coordonne avec deux autres associations les commémorations genevoises des quarante ans du coup d’Etat. Pour elle, le 11 septembre 1973 représente la «fin d’un projet collectif et progressiste, une expérience sociale et économique menée par le défunt Salvador Allende». Les manifestations qui se dérouleront du 11 au 14 septembre sont cependant résolument tournées vers l’avenir. «Il se passe quelque chose d’extraordinaire au Chili aujourd’hui, s’enthousiasme Gloria Kirberg. Les étudiants remettent en question les compromis passés avec les militaires à la fin de la dictature. En 2011, ils sont descendus dans la rue pour demander une réforme du système éducatif, la fin du legs néolibéral. Grâce à eux, même l’abrogation de la Constitution approuvée par Pinochet en 1980 n’est plus taboue.» Le 17 novembre prochain aura justement lieu l’élection présidentielle chilienne. Mais, pour la militante, l’impulsion démocratique provient des mouvements sociaux. «Ce sont eux qui sont parvenus à mettre sur la table des sujets tels que la fin du système politique actuel et le besoin d’une assemblée constituante.»

L’apport des jeunes au débat

Les commémorations genevoises seront également placées sous le signe de la revendication. Deux associations et un mouvement de jeunes présenteront mercredi une exposition photographique sur la présence chilienne en Suisse. Les jeunes dresseront également un bilan des droits de l’homme au Chili lors d’une soirée au café Gavroche jeudi. Pour Esteban Muñoz, membre du groupe Nouvelles Générations qui organise l’événement, il était «essentiel de porter le regard des jeunes du Chili mais également de transmettre en Suisse certaines valeurs qui animaient Unidad Popular (la coalition au pouvoir avant le coup d’Etat de 1973, ndlr)».

Pour Gloria Kirberg, les jeunes apportent de nouvelles perspectives au débat. «Par pudeur ou par honte, nous ne parlions jamais de certains sujets comme la torture. Nos propres fils nous ont rappelé que nous aussi nous avons été des victimes. Ils nous ont fait prendre conscience à quel point nous avons souffert.»

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