« Accusé Recaredo Gálvez! Une mise en scène judiciaire post-dictature »

affiche_24sept_resistance_ChiliLe mardi 24 septembre 2013 s’est organisé la conférence « Chili: les  actes de résistances face au système néolibéral, hérité de la dictature », à l’UOG de Genève.

Avec trois intervenants de grande qualité: Recaredo Galvez, licencié en sciences politiques de 23 ans, coordinateur territorial pour la fondation SOL; Marie-Claire Calloz-Tschopp, philosophe et directrice du programme Exil du Collège international de France; Ariel Sanzana, activiste des droits humains pour le Comité Mémoire et Justice

La présence de Recaredo Galvez est particulièrement intéressante, car il a vécu des moments très pénibles après avoir été détenu et emprisonné en 2011 alors qu’il participait aux mobilisations étudiantes comme président de la Fédération des étudiants de l’université de Concepción. Recaredo Galvez est venu en Suisse grâce l’intervention d’une équipe d’observateurs internationaux organisé par la directrice du programme Exil du Collège international de France. En effet, Marie-Claire Calloz-Tschopp ainsi que des juristes et des avocats de Suisse ont voyagé jusqu’au Chili pour participer au procès du jeune étudiant. C’est dans ce cadre que l’article « 
Accusé Recaredo Gálvez ! Une mise en scène judiciaire post-dictature » a été écrit par Giselle Toledo Vera, une fois de retour à Genève. Cet article donne une vison réaliste sur cette affaire et éclaire sur le rôle de la justice chilienne et son fonctionnement actuel.

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Accusé Recaredo Gálvez ! Une mise en scène judiciaire post-dictature par Giselle Toledo Vera

« Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! »Emile Zola, J’accuse… ! Lettre au Président de la République

Dans le présent article, nous interrogeons les liens entre la justice, la mémoire et l’histoire. Construire une paix sociale grâce à la justice et non en sacrifiant celle-ci est une exigence, afin de partager à nouveau un destin commun.Au Chili, en 2012, l’espace du procès à servi à stigmatiser un leader estudiantin, Recaredo Gálvez, en renversant à nouveau les rôles entre victime et agresseur. Néanmoins, les juges du fond ont cassé cette logique en reconnaissant la pleine innocence de l’accusé dans leur jugement. Quels sont les enjeux qui soustendent la décision de poursuivre prise par le Procureur d’une part et la décision d’acquitter dictée par les juges du fond d’autre part?

Le 29 novembre 2012 s’est ouvert à Concepción le procès du leader estudiantin Recaredo Gálvez. Cette journée a commencé avec la lecture de l’acte d’accusation et l’interrogatoire de l’accusé par le Procureur. L’ambiance était lourde, l’interrogatoire agressif, le Procureur dépeignant le portrait d’un ennemi marxiste, incendiaire, athée et voulant créer le nouveau sujet révolutionnaire. Les preuves matérielles étaient pour leur part nulles.

Par jugement du 13 décembre 2012, Recaredo Gálvez a été reconnu innocent à l’unanimité des juges siégeant.

La tenue de ce procès, ainsi que son déroulement, nous interroge sur la relation entre la justice, la mémoire et l’histoire, et en particulier sur les ombre et inquiétant héritage de la dictature civico-militaire chilienne. Trente neuf ans après le Coup d’Etat du 11 septembre 1973, quelle justice est mise en œuvre au Chili ?

Dans plusieurs pays, la position officielle était que la paix civile devait prévaloir sur le besoin de justice. Cette position s’oppose à la construction d’une paix sociale par la justice, grâce à la justice. L’histoire récente nous enseigne que la mémoire blessée et silencieuse des survivants cherche à s’exprimer dans l’enceinte si spéciale que constitue l’espace du procès judiciaire.Denis Salas a mis en évidence que le droit doit prêter son langage aux nouveaux porte-paroles de la mémoire.

Selon nous, cette exigence de mémoire est militante et exige une justice active et par moment même activement courageuse sans jamais oublier que la fonction première d’un procès est de chercher la vérité judiciaire. Le juriste citoyen ne pourra pas oublier que dans ces procès la vérité judiciaire se trouve dans la distribution des rôles entre victimes et agresseurs (voir Denis Salas, La justice entre histoire et mémoire, in Barbie,Touvier, Papon : des procès pour la mémoire, 2002). Denis Salas nous indique à ce sujet que le bourreau a dit à la personne qui était à sa merci : « Tu es coupable de vivre dans le même monde que moi » et c’est pourquoi je dois te détruire.

Le juge répond au bourreau : Tu es légalement le seul coupable et l’être humain que tu souhaitais punir de mort est la victime légale. Cette identification des rôles de chacun rompt le mensonge de la violence totalitaire et chacun peu à nouveau partager un nouveau destin commun: le bourreau face à sa punition, la victime légale dans le cadre du deuil et de la mémoire.Lors du procès de Recaredo Gálvez, l’accusation a tenté de convaincre les juges du fond d’identifier le leader estudiantin comme l’agresseur et cela à défaut de toute preuve matérielle. La virulence des propos tenus lors du procès par le Procureur a laissé craindre le dérapage d’un procès plus politique que judiciaire. Néanmoins, les juges du fond ne sont pas engagés dans cette voie. Au contraire, ils ont clairement indiqué que l’accusé était innocent après un examen minutieux de toutes les preuves administrées.

P.S. Voir dans la partie « Documents » la décision du Tribunal.Cette position différenciée entre les organes chargés de l’accusation et ceux du jugement s’est également exprimée le 4 décembre 2013, lorsque l’association des magistrats chiliens a demandé pardon aux victimes, à leurs familles et à la société pour ne pas avoir protégé les victimes durant la dictature. Par ce geste historique, les magistrats ont rempli leur fonction : attribuer le rôle de chacun.

Giselle TOLEDO VERA, Titulaire du brevet d’avocat genevois, doctorante en droit constitutionnel, Université de Genève

Publié dans la revue (Re)penser l’exil: l’autre 11 septembre, Chili 40 ans après Des-exil et citoyenneté en mouvement

Revue en ligne numéro 3 : www.exil-cpih.com

http://issuu.com/exil.ciph/docs/repenserlexil_no3_part1

Photos: Recaredo Gálvez à Genève, place des Nations

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