L’exil permanent

fpmr-620x330

Des dizaines de Chiliens ayant lutté contre la dictature dirigée par Augusto Pinochet vivent encore en exil. L’un d’entre eux raconte l’histoire qui l’a forcé à quitter le pays et à vivre depuis comme réfugié en Argentine, dans un exil qui se perpétue comme une punition politique.

11 mars 1990. Tout le Chili et une partie importante du monde regardent attentivement la passation de pouvoirs entre Augusto Pinochet et Patricio Aylwin, ce dernier recevant l’écharpe présidentielle après 17 ans de dictature. Pendant ce temps, un groupe de Chiliens qui s’est échappé il y a un peu plus d’un mois de la prison publique de Santiago commence la traversée de la Cordillère des Andes vers l’Argentine. Parmi eux se trouve Claudio Molina, membre du Front patriotique Manuel Rodriguez. Il est arrêté en septembre 1986 pour sa participation à l’entrée d’armes dans le territoire chilien via Carrizal Bajo. L’ancien dirigeant rapporte qu’il a été sévèrement torturé par la CNI, une sorte de vengeance pour la série d’actions touchant la dictature de Pinochet, dont l’attentat contre Pinochet lui-même à la vallée del Maipo en septembre de cette année-là. Depuis son arrestation, il est resté dans la prison publique jusqu’au jour où il s’est échappé avec 48 autres prisonniers politiques le 30 janvier 1990.

À la fin de 1999, Claudio Molina a été arrêté en Argentine et soumis à une procédure d’extradition présentée par les tribunaux militaires chiliens qui a été rejetée. Cela lui a permis de solliciter une demande d’asile soutenue par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) qui a finalement aboutie en sa faveur.
« Par la suite j’ai demandé l’asile ici, en Argentine. Le statut de réfugié qui m’a été accordé en 2000, presque 2001, et les considérants de cette décision reconnaissent ma situation de persécuté politique. Sinon -disent-ils- comment est-il possible que ce sont les tribunaux militaires plutôt que les tribunaux civils qui sollicitent mon extradition pour des faits liés à des événements politiques, comme le fut la lutte contre la dictature », se souvient Molina.


Mais le statut de réfugié, en dépit du soutien du HCR, l’empêche de quitter le pays. En outre, l’accent est mis sur la culpabilité pour des faits considérés comme du terrorisme par la droite chilienne.


À cet égard, il estime que « dès qu’il y a quelque chose de compliqué pour la droite ou la réaction, nous sommes la monnaie d’échange et alors apparaissent de nouveaux cas, de nouveaux faits et de nouvelles demandes d’extraditions. Sans aller trop loin, maintenant en France, il y a des camarades soumis à des demandes d’extradition. Ou ils t’intègrent à d’autres causes, comme Galvarino Apablaza qu’on essaie de mêler au cas de Jaime Guzman, c’est pourquoi lui comme moi, avons le statut de réfugié en Argentine ».


Claudio Molina rappelle le cas de guérilleros comme Dilma Roussef au Brésil ou José Mujica en Uruguay et même de parlementaires en Argentine qui ont pris les armes contre les dictatures dans leurs pays respectifs pour mettre fin à des régimes reconnus comme sanglants par l’histoire.

En revanche, au Chili, la persécution se maintient contre plusieurs personnes qui ont opté pour le même chemin.

« On nous poursuit, on nous interdit, et surtout on nous oblige à vivre une situation d’exil mais aussi à nos familles qui souffrent d’une façon ou d’une autre de la même punition. Dans mon cas, je ne connais toujours pas mes petits-enfants, par exemple. Mes enfants doivent venir me voir quand ils le peuvent ici à Buenos Aires. Mon frère, ma sœur, mes neveux qui sont au Chili, je ne peux pas non plus les voir. Donc, c’est une situation
très malheureuse du point de vue humain », dit Molina.


L’ex-dirigeant des Jeunesses communistes, puis du FPMR, a déclaré qu’il existe une dette politique envers ceux qui ont fait le pas d’exposer leur vie pour affronter la dictature et aider à mettre fin au régime d’Augusto Pinochet, ceci ne sera résolu que quand ils pourront rentrer de l’exil au Chili.

Source espagnol: http://radio.uchile.cl/2015/06/29/claudio-molina-el-exilio-permanente

Traduction CT pour le Collectif NGCHili

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s