Droits humains /Le Chili, complice de torture au XXIème siècle

presos– J’ai passé huit mois dans une cellule de 2m sur 3m avec trois autres personnes. Sans toilettes, on avait seulement un trou dans le sol qu’on a couvert avec un carton.

– La cellule était pleine d’insectes. On devait se mettre du papier dans les oreilles pour qu’ils n’entrent pas à l’intérieur.

-On dormait sur des couchettes de pierre, avec des matelas d’à peine quelques centimètres.

Ces témoignages peuvent renvoyer le lecteur à un temps passé, à celui des centres de torture et camps de concentration. Mais la vérité c’est qu’ils relatent ce qui se passe aujourd’hui, en ce moment, dans les prisons de tout le Chili.

La torture est une question en suspens pour l’État chilien. En 2005, notre pays a signé le Protocole facultatif à la Convention contre la torture, qu’il a ratifié en 2008, avec l’obligation de créer un mécanisme national de prévention contre la torture dans le délai d’un an. Aujourd’hui, en 2015, ce mécanisme n’existe toujours pas.

Passages à tabac, menaces, abus sexuels, administration de médicaments psychotropes sans ordonnance médicale sont des pratiques courantes dans les pénitenciers, pratiques rendues invisibles car se sont les détenus qui les subissent. Plusieurs d’entre eux m’ont dit que les propres gardiens de prisons les transféraient dans les quartiers où sont détenues les bandes rivales, afin qu’ils soient agressés ou tout simplement tués. Ils m’ont également raconté que leurs gardiens agissaient ainsi après les avoir battus, afin que les marques de coups apparaissent comme le résultat d’une bagarre. En 2014, 135 détenus sont morts alors qu’ils étaient sous la vigilance de la gendarmerie (1); 62 suite à des agressions ou bagarres, selon la classification réalisée par cette propre institution.

Détecter la torture n’est guère facile: les prisons sont extrêmement hermétiques. Les quasis seules personnes autorisées à y pénétrer sont les juges non spécialisés, les membres de l’Institut national des droits humains et, éventuellement, les professionnels de la Défense pénale publique (2). Cependant, ces personnes apprennent rarement ce qui se passe dans les prisons, car en général les détenus ont peur de faire des dénonciations. La raison ? : les prisonniers continueront à vivre sous la surveillance de l’institution qu’ils dénoncent et savent que s’ils le font, ils seront victimes de représailles brutales. De plus, les cas de torture pour lesquels la preuve est avérée aboutissent sans résultat aucun.

Premièrement, au Chili la torture n’est pas caractérisée comme un délit, ce qui empêche toute condamnation pour cette raison. Deuxièmement, bien que le Code pénal punisse les délits à caractéristiques similaires (sous le titre de lésions, par exemple), les effets de la condamnation restent minimes. Car le responsable n’est même pas déclaré inapte à occuper le poste qu’il exerçait au sein de la fonction publique, lorsqu’il a commis l’infraction.

L’année prochaine, le Sous-comité pour la prévention de la torture, une institution appartenant à l’Organisation des Nations Unies, se rendra au Chili pour évaluer l’état du pays dans ce domaine. Vos commentaires et recommandations seront remis au gouvernement de manière confidentielle, celui-ci aura le pouvoir de décider de le rendre public ou pas. Nous espérons que ce document soit transparent et traduise une réelle volonté politique pour combattre et éradiquer la torture dans notre pays.

Ecrit par María de Lunch Mir.

Article publié dans le journal El Desconcierto, le 17 novembre 2015.

Traduction libre: C.Toledo

Notes :

  1. La Gendarmería de Chile est le corps chilien des gardiens de prison. Dirigé par un général, il dépend des Forces armées (source Wiki)
  2. L’homologue du Ministère public dans le nouveau Système pénal est la Défense pénale publique confiée à un Défenseur national nommé par le Président de la République qui bénéficie de l’appui des défenseurs régionaux. (Source : http://www.oas.org/juridico/mla/fr/chl/fr_chl-int-des-ord.pdf)

Rapport visite prison de la Cour de Santiago, Chili, en espagnol: http://www.pjud.cl

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