ALEXEI JACCARD Extrait du livre « L’affaire Pinochet. La justice impossible », de Jac Forton

livre jac forton

Edition L’Entreligne, soutenu par Amnesty International France, Paris 2002, pp 223-224.

Il y a aussi une victime suisse, Alexei Jaccard, dont l’histoire prouvent clairement les liens entre les polices secrètes du Chili et de l’Argentine. Juste après le coup d’Etat de septembre 73, le professeur Jorge Alvarez, militant du Parti communiste chilien se réfugie à Buenos Aires en Argentine où il participe au Comité de soutien pour le Chili. En 1977, l’Argentine aussi vit sous une dictature militaire. Le Comité central du PC argentin se prépare à élire de nouvelles têtes car ses membres sentent qu’ils ont été repérés par la police. A cette époque, on annonce la venue d’Europe de trois personnes avec des fonds pour le comité.

Le 14 mai 1977, Alexei Jaccard arrive de Suisse pour se réunir avec Ricardo Ramirez et Hector Velasquez, membres du Comité de soutien, ainsi qu’avec Alvarez. Jaccard est attendu à l’aéroport par une amie à qui il confie « Ils me suivent depuis l’Europe ». En cours de route, le chauffeur de taxi leur demande si « l’un de vous a des ennuis ? Une voiture nous suit depuis l’aéroport… »

Ricardo Ramirez arrive le lendemain et Hector Velasquez le surlendemain. Les quatre militants se donnent rendez-vous dans un bar le 16 mai. Alors qu’il sort de son hôtel pour se rendre au rendez-vous, Jaccard est soudainement abordé par un groupe d’individus qui l’entrainent vers un véhicule. Il parvient à crier « Je m’appelle Alexei Jaccard, je suis Suisse, ceux qui m’arrêtent sont de la DINA… »

Dans le bar, quelques rues plus loin, Alvarez ne se doute de rien. « Comme Alexei n’est pas venu, je suis parti à mon travail. Un peu après, un contact argentin me dit qu’il y avait des problèmes et que je ferais mieux de partir quelques semaines en vacances… »

Les mêmes civils à l’accent chilien se rendent à la maison dans laquelle vit Hector Velasquez où il est identifié par la domestique. La même nuit, ces civils enlèvent le propriétaire de la maison et ses trois fils. La même chose se passe avec Ricardo Ramirez. Identifié par une domestique, il est enlevé par les fameux civils. On ne reverra plus jamais aucun d’entre eux vivant.

Le 26 octobre 1998, Bernard Bertossa, procureur général du Canton de Genève, lance un mandat d’arrêt international contre le général Pinochet suite à l’accusation de Pauline Jaccard, veuve d’Alexei. Selon la presse suisse, un officier argentin dont le nom n’a pas été révélé aurait avoué avoir participé à l’enlèvement et aux tortures infligées au prisonnier. Il reconnait la remise de Jaccard à la DINA chilienne. La demande d’extradition a été déposée auprès de la police fédérale suisse qui la fait suivre au ministère de l’Intérieur britannique.

Pour Bertossa, « Il serait choquant de libérer pour raisons humanitaires quelqu’un qui est poursuivi pour crimes contre l’humanité. En droit suisse, il est possible de juger Pinochet car notre droit s’applique aux crimes commis à l’étranger contre des Suisses. Les pays d’origine des victimes ont le droit d’agir… »

Mais lorsque Jack Straw libère Pinochet en mars 2000, la justice suisse ne fait pas appel…

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