Aucán Huilcáman: Conférence sur le droit international et l’autogouvernement mapuche

En déplacement pour participer au Mécanisme d’Experts sur les droits des peuples autochtones, Aucán Huilcáman chargé international du Conseil des toutes les terres s’est réuni avec la communauté chilienne de Genève pour présenter son dernier livre et dialoguer autour des revendications d’autonomie du peuple mapuche.

Colonialisme, responsabilités internationales et autodétermination mapuche          

« A mon voisin le Pape François. Génocide et occupation territoriale en Araucanie, Neuquén, Río Negro et El Chubut » (1) retrace l’histoire complexe et douloureuse de la colonisation du peuple Mapuche suite aux campagnes militaires de la « Pacification » au Chili et la « Conquête du désert » en Argentine. Sorti à l’occasion de la venue du Pape au Chili en janvier, il a notamment abordé la participation de l’église catholique dans le génocide et les violations des droits humains des communautés mapuches à l’époque de la formation des états-nations. En 1881, l’église catholique a collaboré à la traite d’enfants mapuches, notamment en les déportant du Chili vers l’Argentine afin d’être vendus à des familles de Buenos Aires.

Par ailleurs, il est aussi intervenu sur l’accord entre la Confédération Helvétique et le Chili. En effet, des centaines d’émigrés suisses se sont installés dans la région de l’Araucanie accompagnés d’un contingent militaire à l’occasion de l’expansion territoriale des colons chiliens dans le Sud. La Suisse porte donc une co-responsabilité dans le pillage des terres mapuches, tout comme les principaux responsables le Chili et l’Argentine. En somme, il y a matière à porter plainte et réclamer réparation pour les torts subis devant des instances internationales, d’où la nécessité de mettre en place une commission d’éclaircissement historique de l’Araucanie (2). Le but étant d’une part que les mapuches connaissent leur propre histoire et d’autre part pousser le Chili (3) et d’autres états à reconnaitre la dette historique qu’ils ont envers le peuple Mapuche. Car tous ces faits historiques d’annihilation du peuple mapuche peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité.

Aucán Huilcáman a également évoqué l’importance centrale de l’autodétermination et le rôle de l’autogouvernement mapuche (4) comme chemin d’émancipation des peuples. Pour le rendre effectif, cinq conditions préalables sont nécessaires : a. La volonté de le mettre en place ; b. Avoir un contingent avec les capacités de gouvernants ; c. Avoir des statuts ; d. Avoir un système de gouvernement (ancien, moderne ou un mixte des deux) ; e. Avoir un système économique. Cependant, il souligne le manque de conditions objectives après 200 ans de colonialisme et de « domestication » des mapuches pour le concrétiser. La priorité est à la formation de futurs dirigeants (5) capables d’acquérir les outils pour gouverner un autogouvernement indépendant de l’état chilien.

De surcroit, selon Huilcáman, l’état fait partie du problème pas de la solution, en ce sens un état plurinational (6) à l’instar de la Bolivie ou l’Equateur ne résout pas le conflit entre l’état et les peuples autochtones. Sa proposition ne cherche donc ni à trouver un accord inscrivant l’autodétermination dans un pacte constitutionnel, ni à changer le système économique du Chili. Car cela impliquerait revenir au vieux paradigme du XXe siècle de soulèvement armé, alors qu’aujourd’hui le concept même d’état-nation est mis à mal. Ce sont le droit international et les relations multilatérales, comme instruments juridiques et diplomatiques, qui pourraient aider les mapuches à obtenir dans un avenir plus ou moins proche une reconnaissance de l’autogouvernement mapuche, par exemple auprès de l’ONU, la CIJ ou l’OEA. 

L’autogouvernement et la question de sa mise en oeuvre

Pour conclure, on constate que les mapuches luttent au quotidien pour faire respecter leurs droits les plus élémentaires, défendre leurs territoires, leur culture, leur identité, leur mode de vie. Malgré le rôle coercitif de l’état et son refus de dialogue et de solution politique, la conscience et la résistance de plusieurs communautés mapuches contre la discrimination, la criminalisation et la militarisation de leurs terres sont concrètes. Sur le plan politique, ils revendiquent une reconnaissance en tant que peuple et pays-nation mapuche.

Le débat s’est placé autour du rapport entre l’autogouvernement mapuche, le territoire et l’indépendance. Plusieurs interrogations ont surgi du public. Actuellement, dans le système économique capitaliste mondialisé, à l’heure de la main mise des sociétés transnationales sur les ressources naturelles, tous les peuples font face à la négation de leur souveraineté. Dans ce contexte, obtenir la libre détermination sans remettre en cause ce système économique semble difficile. Dans une société où prime l’individualisme, certains avancent que l’identité mapuche se construit par les gênes alors que d’autres mettent en avant l’importance de la culture, la langue ou encore la volonté commune de former une nation y compris avec les populations métissées.

Il est aussi indispensable de connaitre l’histoire pour comprendre comment les communautés autochtones s’organisent dans le présent et pour nous éclairer écouter les diverses orientations et propositions politiques formulées par le mouvement social mapuche. Quant à la conception et l’application de l’autodétermination, du comment le peuple mapuche doit s’organiser dans les communautés et au sein de la société pour créer son autogouvernement et exercer son autonomie, c’est un débat de fond qui reste ouvert.

Cecilia Toledo

14.7.2018

Notes / Web

1. « A mi vecino el papa Francisco : Genocidio y Ocupación Territorial », https://www.youtube.com/watch?v=Ybijh16z5G0

2. « Aucan Huilcamán exige compensaciones y esclarecimiento histórico en visita del Papa », https://www.biobiochile.cl/noticias/nacional/region-de-la-araucania/2018/01/15/aucan-huilcaman-exige-compensaciones-y-esclarecimiento-historico-en-visita-del-papa.shtml

3. « Aucán Huilcamán pidió a Bachelet constituir una Comisión de Esclarecimiento Histórico de La Araucanía », http://www.soychile.cl/Temuco/Sociedad/2017/01/23/442727/Aucan-Huilcaman-pidio-a-Bachelet-constituir-una-Comision-de-Esclarecimiento-Historico-de-La-Araucania.aspx

4. « Aucán Huilcamán: “Queremos formar un gobierno mapuche independiente de Chile” », http://radio.uchile.cl/2018/07/05/aucan-huilcaman-queremos-formar-un-gobierno-mapuche-independiente-de-chile/

5. « Le droit à l’autodétermination Mapuche et son processus organique », https://mapuchenl.wordpress.com/2015/11/22/le-droit-a-lautodetermination-mapuche-et-son-processus-organique/

6. « Carta de Aucan Huilcaman a integrante de mesa de dialogo », http://comunidadtemucuicui.blogspot.com/2016/07/carta-de-aucan-huilcaman-integrante-de.html 

Photos: Conférence de Aucán HUILCAMAN du 12 juillet 2018 à Genève organisé par le collectif Nouvelles Générations Chili et Aso-Kimun. 

 

 

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